INTRODUCTION
Après mes si belles années (29 ans de professeur agrégé d'italien !) au Lycée Ampère à LYON, une nouvelle vie a commencé.
J'avais la chance d'avoir à mes côtés mon Éliane qui acceptait de changer de poste tous les 3 ans ....parfois avec un peu de retard, parfois avec quelques kilomètres entre nos deux lycées !
Et il m'a fallu assumer d'entreprendre un "nouveau métier" (Dieu merci dans l’Éducation Nationale) avec un an de formation par des stages passionnants certes, mais courts, dans un collège, puis un lycée professionnel et enfin auprès d'un juge.
Bref, première nomination: septembre 1994 - proviseur adjoint du Lycée Lalande à Bourg en Bresse. La Proviseure, très occupée à Lyon, m'a délégué une bonne part de ses responsabilités, Éliane était dans un autre lycée de la ville et tout a à peu près bien fonctionné malgré les jalousies de certains membres de l'administration.
Deuxième nomination: 1997 - proviseur du Lycée Xavier BICHAT à Nantua. Éliane, elle était nommée au lycée d'Oyonnax à 25 km de là par une route d'altitude souvent enneigée ... Lycée et collège difficiles, fréquentés par une très forte communauté kurde, proche de la Suisse et très impacté par l'affaire du voile islamique qui nous amenait des imams devant les grilles de temps en temps. Mais surtout à faire reconstruire, car le collège était en train de "couler" dans le lac de Nantua ! Il m'a fallu trois ans en lien avec le Conseil Départemental et la Mairie de la Ville pour choisir l'architecte, surveiller les travaux et faire construire un superbe Lycée au bord du lac en conservant le Collège en centre ville.
Et puis en Juin 2000, un appel de Paris au téléphone un soir à 18h30 " M. PIOLI , ici le Ministère de l'EN, pouvez-vous être dans nos bureaux demain matin à 8h?"
Oh surprise ! Après quelques explications je suis parti à Lyon prendre le TGV de nuit et j'étais au Ministère le lendemain à 8h !!!
Et là on m'explique: "Vous êtes le premier de 3 collègues proviseurs agrégés convoqués pour choisir un gros lycée à classes préparatoires parmi trois choix: Dunkerque, Chambéry et Perpignan. Vous avez un quart d'heure pour nous donner votre réponse" ! J'ai donc dû, dans l'urgence, me décider après un très bref appel à ma femme.... et j'ai choisi Arago à Perpignan !
Ce sera la prochaine histoire !!!!
1/ An 2000. ARAGO !
Et me voilà nommé à Arago ... quelle aventure ! Ce sera le plus beau poste de mes 12 années de provisorat, et c'est là que je déciderai de finir ma vie à la retraite à partir de 2006.
L'arrivée, tout d'abord, le 31 juillet 2000 ! 17h30, moi en tête dans ma Skoda Octavia, Éliane derrière dans son Opel Tigra .... et puis notre camion de meubles...
On rentre dans la cour, et je monte voir le proviseur, Mme Olive !
Divine surprise, elle est bien là et m'accueille avec un "Vous n'êtes pas au courant ? (sans le moindre bonjour...) Je ne pars qu'à ma date anniversaire, le 1er novembre. Vous êtes donc en surplus.... Cela va vous faire deux mois de vacances supplémentaires" !!!
J'ai beau négocier, rien à faire : il n'y a ni bureau ni appartement pour moi. J'appelle le Ministère ... Ils tombent des nues !
Et que faire de mes meubles ? Par chance, en arrivant par la pénétrante, j'ai aperçu des boxes sur la gauche ! On y va car mes déménageurs veulent rentrer à Nantua !
Là-bas, à 18h, cela ferme ! Ouf une dame est encore présente et quand je lui raconte mon histoire elle s'exclame "Oh la la, vous savez que mes deux filles sont élèves d'Arago ! Je ne vais pas laisser tomber leur futur proviseur ! Mais où allez vous dormir ? Vous savez, j'ai un appartement de vacances à Canet, avenue de Toulouse et si ça vous arrange je peux vous le louer pour deux mois! Normalement c'est 800 € la semaine mais je vais vous faire un prix! Vous voulez qu'on aille le voir ? "
Il faut d'abord vider le camion .... et une demi-heure plus tard elle nous emmène dans sa voiture.
Oh merveille, d'un côté, à gauche, la mer et de l'autre, à droite, le Canigou !!! On fait affaire à un prix correct, je lui paye illico les deux mois (pour pas qu'elle change d'avis !) et il y a même un garage pour nos deux voitures !
Et bien, ... sans que personne n'en sache rien , je serai tous les jours de la semaine (après avoir amené Eliane sur son poste au Lycée Maillol) sur les coursives d'Arago et j'y verrai tout ce qui me servira à partir du 1er novembre ! On me prendra pour un vieux surveillant, bienveillant et silencieux .... Et on aura tort !
La suite au prochain numéro !
2/ Mes débuts à Arago, le 1er novembre 2000 à 0h 1minute.
Je frappe à la porte de Mme Olive. Pas de réponse. Je frappe encore. La porte s'ouvre enfin. Elle apparaît en chemise de nuit et je bloque la porte avec mon pied. Je lui demande d'aller s'habiller et de partir immédiatement ! Elle a l'air surprise, mais ses bagages sont dans le couloir. Je les prends et les sors en dehors de l'appartement. Elle arrive avec son chien ... et pars sans un mot.
Je l'arrête pour récupérer les clefs !
Je visite l'immense appartement, le referme et retourne finir ma nuit à Canet .
Le lendemain, je suis dans le bureau de M. l'Intendant et lui demande de faire remettre l'appartement en état sous 48 heures afin que je puisse y faire livrer mes meubles.
Puis je reviens dans MON bureau ! A la surprise générale des secrétaires ... qui n'en croient pas leurs yeux!
Le problème, c'est que la secrétaire de Direction est partie à la retraite au premier septembre .... et que Mme Olive n'a pas fait désigner de remplaçante. Ce sera ma première "épreuve" !!!
En effet, aucune des quatre secrétaires n'accepte d'assumer ce rôle, ne me connaissant pas (disent-elles).
Je les mets donc en "conclave" dans mon bureau fermé à clef et leur demande de m'appeler au téléphone dès qu'elles auront pris une décision. A midi, rien ! Je les libère et les reconvoque à 14h.
A 18h, toujours rien ! je les reconvoque le lendemain à 8h.
A 10h mon téléphone sonne: elles ont choisi ! je les rejoins et accueille avec beaucoup de plaisir la plus jeune d'entre elles, et la plus récemment nommée ! Geneviève Mathé-Goebel.
Ce sera la meilleure secrétaire que j'aie jamais eue !!!
La suite au prochain numéro....
3/ Premier CA fin novembre. A l'ordre du jour l'interdiction de fumer à l'intérieur du Lycée, selon la Loi de 1998 (Loi EVIN).
Je ne pouvais plus supporter de voir tous ces gamins assis dans les cours une cigarette au bec ! Et par terre, ce n'était qu'un amas de mégots ! Quant à la salle des professeurs, elle "puait" le cigare dès 7h30 le matin à tel point que beaucoup d'enseignants n'y allaient jamais !
Grâce à mon initiative, l'interdiction a été acceptée .... de justesse !
Et le lendemain l'Indépendant titrait à la une "La Boîte à Bac sans Ta-Bac !!!"
Immédiatement j'ai eu droit à une visite des syndicats enseignants me demandant une salle fumeurs (de droit) pour les professeurs. Ce que j'ai bien sûr accepté, la faisant réaliser dans les 24 heures au fond de la salle des profs ! 9 m² pas de fenêtre mais une VMC super puissante (et bruyante). Il n'y aura jamais personne dedans !!!
Lorsque j'ai été nommé à Arago, la Directrice de la DPATE (Direction des Personnels Administratifs, Techniques et de service) m'avait remis une "liste" des choses qui n'allaient pas ! Je vous passe le détail, mais cela allait d'un couple d'enseignants agrégés de lettres Classiques en CPA (cessation progressive d'activité) dont le mari, avec l'accord de l'ex proviseur, assumait seul les 2 fois 7,5 heures tandis que son épouse était retournée en Martinique ... vivre sa vie ! Quand je l'ai eu dans mon bureau il a cherché à me convaincre que tout le monde savait qu'il était le meilleur prof des deux et que donc mon prédécesseur avait bien géré les choses. Je n'ai pas accepté et cela m'a causé pas mal de problèmes ....
Et au bout de la liste, un enseignant certifié de maths, fasciste invétéré, dont tous les exercices portaient sur les "camps de la mort". Les familles, après un rendez-vous avec le Proviseur, avaient réussi à le faire exclure et remplacer par des maîtres-auxiliaires .... Mais il continuait à percevoir son salaire sans venir au Lycée !!!
Lui aussi je l'ai convoqué ... et lui ai intimé l'ordre de reprendre son service immédiatement. Il a fallu que j'assiste à tous ses cours pendant un trimestre entier pour éviter toute dérive !
Au bout de trois mois, il a démissionné.
Je vous en passe, et des meilleures ! La suite au prochain numéro ....
Ce sera ma lutte pour faire créer une Section Sportive Scolaire de Rugby à XIII avec le soutien de Bernard GUASCH ...
4/ Continuons notre parcours des 6 années que j'ai passées en tant que Proviseur d'Arago ...
Ma femme était prof de maths nommée au lycée Maillol ... dont le proviseur de l'époque, Jean Vergès, avait demandé le poste d'Arago ... et cela n'a pas arrangé les choses ! En plus j'étais gavatx .... et les catalans trouvaient que je leur avais "confisqué" ce beau poste !
Et voilà qu'avec ma vision "intellectuelle" des choses, je prends contact avec Bernard GUASCH pour voir s'il serait d'accord de créer une Section Sportive Scolaire de Rugby à XIII à Arago, le XV étant déjà en place à Maillol ! réponse très positive. Il faut dire que dans mes postes précédents, j'ai toujours créé des SSS, car j'aime le sport et je veux que les jeunes en profitent le mercredi après-midi au Lycée ! A Nantua cela avait bien réussi car la SSS (en réalité le Pôle Espoir) de biathlon abritait Corinne NIOGRET qui avait obtenu une médaille d'or en biathlon aux jeux Olympiques d'Albertville en 1992. Et moi en 1997, quand j'y ai été nommé j'ai ouvert une SSS de ... parapente! Alors à Perpignan, terre de Rugby, quoi de mieux qu'une nouvelle section sportive scolaire de Rugby ... à XIII !
Qu'est-ce que j'avais fait là ! La responsable de l'EPS, Madame GHEZAL (mère de l'actuel entraîneur du XV du LOU) lance la fronde "Il n'y aura pas de Rugby à XIII à Arago, car seul le Rugby à XV existe". Il ne me faudra pas longtemps (3 semaines de grève générale !) pour comprendre l'opposition XV-XIII, résidu politique de la période de la seconde guerre mondiale où le XV était Vichyiste tandis que le XIII était résistant! Bref on ouvrira une SSS de Basket (Benitez était prof d'EPS à Arago à l'époque) et de Hand-Ball qui fermeront après mon départ à la retraite en 2006 ... Ah j'oubliais de vous rappeler que les cours n'étaient pas végétalisées et que souvent entre midi et 14h on y faisait des tournois de foot passionnés entre classes ...
Autre "opposition": quand je suis arrivé, sur la fenêtre de ma salle de bains, il y avait un seul drapeau, catalan. Je l'ai immédiatement remplacé par le drapeau français, car le Lycée Arago était un Lycée d’État français . Ouille ! Second choc, et re-grève générale qui se terminera en une journée car je négocierai avec les syndicats qui finiront par accepter une trilogie prévue par la Loi (drapeau français au milieu encadré par le drapeau régional catalan à droite et le drapeau européen à gauche ... C'e
5/ Le Lycée Arago a vu une rénovation complète de ses locaux entre mon arrivée en 2000 et 2018.
Cela a commencé par la construction de salles de classes en fond des cours A et C et s'est terminé en 2018 avec l'agrandissement du CDI et de la salle des profs, l'extension du gymnase, le regroupement de toute l'administration dans mon ancien immense appartement, après mon départ à la retraite en 2006, la rénovation de l'accueil et des salles de classes et enfin la végétalisation des cours et la création de la salle Simone Veil avec entrée par la rue du Lycée.
La vie quotidienne au Lycée Arago :
Accueil le matin au portail. En 2000 on rentrait par l'Avenue du président DOUMER à côté du gymnase Alsina. Costume obligatoire et sourire de circonstance. Mais à 8h pile, fermeture du portail. L'heure, c'est l'heure !
J'ai eu la chance d'arriver en même temps que Martine NAUTE, nouvelle commissaire de police de Perpignan, et que le préfet Thierry LATASTE. Et surtout ... que leurs enfants soient scolarisés à Arago... C'est ce qui a consolidé nos relations et notre amitié.
Martine m'a permis, grâce à des interventions régulières de la brigade canine de Nîmes, de libérer Arago de la drogue. Et Thierry Lataste a été une aide très précieuse lors d'un événement qui m'a beaucoup marqué!
En 2004, le jour des vacances de la Toussaint, une élève de seconde est arrivée à 17h dans mon bureau en m'annonçant:"Monsieur le proviseur, je viens vous dire adieu" ! Je lui ai aussitôt répondu: "on va se revoir dans quinze jours ! Ce n'est qu'un au revoir !".
Sa réponse m'a glacé "Non, je me suicide ce soir car mes parents viennent me chercher demain pour me marier au bled avec le pharmacien de mon village à qui ils m'ont promise".
Et elle se met à pleurer. "Karima, il n'est pas question de ça: tu vas rester ici avec ma femme et moi. J'ai besoin d'un petit moment pour trouver une solution." J'appelle ma femme qui vient chercher Karima et l'amène dans notre appartement qui jouxte mon bureau. Et aussitôt j'appelle Thierry Lataste et je lui raconte ce qui m'arrive. Il me dit "garde-la chez toi je passe prendre Martine Nauté au commissariat et on arrive."
Une demi-heure plus tard ils sont dans mon bureau et après réflexion, nous décidons de cacher Karima et d'attendre la visite de sa tante chez qui elle habite pour voir quoi faire. Et puis de la déclarer "disparue" et de lancer une "recherche dans l'intérêt de la famille"!
Seuls deux personnes seront au courant au début: mon infirmière en qui j'ai toute confiance et le gardien Jean-Louis SOULA.
La famille sera là le lendemain et je déclarerai comme prévu qu'elle est partie après les cours et que depuis ce sont les vacances et donc je n'ai pas eu de raisons de la revoir ! Ils iront faire un signalement avenue de Grande-Bretagne et vu le grade élevé du père (capitaine dans l'armée de l'air marocaine), c'est la commissaire qui les recevra et qui mettra aussitôt tout son personnel à sa recherche. Pendant les quinze jours des vacances, Karima restera avec nous, au secret. Puis à la rentrée, elle reprendra ses cours sans parler de quoi que ce soit à ses camarades, et le soir, elle rejoindra le sous-sol où elle a une chambre à elle. Cela va durer deux ans !!! Avec deux autres familles mises au courant les Lemartinel et les Serre en qui j'avais toute confiance et qui s'occupèrent d'elle les week-ends et une partie des vacances ...En 2015, Thierry Lataste, chef de cabinet de Valls à l'Elysée la naturalisera française ! Elle était sauvée, car majeure et française !
Et maintenant, bien que (hélas) veuf depuis 2021, j’essaie de profiter au mieux de ma retraite en m’occupant des AAA (bien sur) et d’Amnesty International groupe 46 de Perpignan…
Et étant donnée la beauté des PO et l’agréme